La même décadence s’est manifestée dans presque toutes les autres branches de l’industrie indigène. Il faut espérer que des mesures également opportunes éviteront des désastres qui seraient, un jour ou l’autre, la conséquence de cet abaissement général des produits manufacturiers du Japon.
Un seul art, la Typographie, a fait en quelques années les plus étonnants progrès; et, comme on a dit que cet art produisait la lumière, on peut voir, dans le développement considérable qu’il a pris au Japon, un heureux pronostic pour l’avenir de ce pays. Plusieurs imprimeries, se servant de types mobiles fondus suivant le système européen, ont été organisées, et elles ont donné les résultats les plus satisfaisants. Mais ce qui est bien autrement remarquable, c’est de voir comment on a pu arriver à disposer ces imprimeries de façon à permettre la production régulière de journaux quotidiens d’assez grandes dimensions. Les Japonais ont renoncé, pour l’impression de ces journaux, à l’emploi du plus grand nombre de leurs caractères cursifs; mais ils n’ont pu se débarrasser de l’immense quantité de signes idéographiques chinois, sans lesquels leurs articles seraient presque toujours incompréhensibles. Et comme on ne saurait admettre, pour le journalisme, un système d’impression qui, comme la xylographie ou la lithographie, rend les remaniements, les changements, les corrections mêmes à peu près impraticables,—surtout lorsqu’il s’agit d’aller vite et de terminer le travail à heure fixe,—ils ont dû mettre en usage les procédés habituels de l’art typographique. Pour quiconque connaît un peu les exigences de cet art, les résultats qu’ils obtiennent pour l’impression de leurs journaux quotidiens sont dignes des plus grands éloges et montrent ce qu’on peut attendre d’un peuple si habile à lever les difficultés qui peuvent nuire à l’accomplissement de ses destinées.
La presse a déjà rendu au Japon de véritables services; et, quoique née d’hier, elle possède déjà une histoire digne de prendre une place honorable dans les annales contemporaines de la civilisation japonaise.
XII
LA RÉVOLUTION MODERNE AU JAPON
A révolution qui s’opère au Japon depuis quelques années, révolution dont le point de départ a été l’anéantissement du pouvoir des syaugoun ou lieutenants-impériaux et la restauration de l’autorité suprême entre les mains des mikado ou empereurs légitimes, comptera certainement parmi les événements les plus étonnants et les plus considérables de l’histoire contemporaine des nations asiatiques. Le succès de cette révolution, comme je l’ai dit dans une conférence précédente, a eu pour cause, d’une part, la faiblesse des derniers autocrates de Yédo, et, de l’autre, les transformations qu’a dû subir le pays, par suite de l’ouverture des ports au commerce étranger et de l’immixtion des Européens dans les affaires politiques des îles de l’extrême Orient.