—Mais votre chasublier, monsieur le marquis, prétend être votre créancier de deux cent mille livres; on ne dépense pas deux cent mille livres en chasubles?

—Combien doit-on dépenser en chasubles, monsieur le lieutenant? Est-ce M. le comte de Lauraguais qui nous l’apprendra, lui qui a acheté deux mille louis de jarretières à mademoiselle Arnould? Mais je ne le vois pas à mes côtés, sur la sellette.

—N’avez-vous pas maltraité un épicier qui vous avait refusé de l’eau-de-vie? N’avez-vous pas frappé un de vos concierges? N’avez-vous pas injurié un de vos régisseurs?

—Il me semble, monsieur le lieutenant civil, qu’en pareil cas ce sont les battus qu’il faudrait interroger.

—Votre mère a donné mille écus à un nommé Thierret pour qu’il ne se plaignît pas d’un coup de pistolet que vous lui auriez tiré.

—Le fait est faux; à des gens comme nous, on demande cent mille écus de dommages, et l’on se plaint ensuite.

—Sans passeport du roi, pourquoi êtes-vous passé en Angleterre? Vous avez violé la loi.

—Enfin! murmurèrent les bancs des accusateurs, irrités de tant de précision dans les réponses d’un fou, de tant d’aigreur dans ses réflexions. Enfin! qu’il sorte de là; il a violé la loi, il n’avait pas de passeport.

—J’en avais un de l’amirauté; sur l’ordre de l’ambassadeur de France, j’ai immédiatement quitté l’Angleterre pour me rendre ici, où je savais qu’on devait m’interdire. J’ai été au devant de la loi.

—N’avez-vous pas acheté huit chevaux à Londres?