—C’était pour revenir plus vite.
—Vous justifierez-vous de la société qui vous accompagnait en Angleterre, de ces étranges acolytes?
—J’étais, monsieur le lieutenant civil, avec un acolyte du diocèse de Paris, l’ecclésiastique Bonnet et le curé de Valenton.
—N’alliez-vous pas à Londres pour éviter vos créanciers de France? Qu’alliez-vous y faire d’honnête, enfin?
—J’allais m’y faire ordonner prêtre par l’évêque catholique Belon. Ceci est assez honnête.
Interrogé sur d’autres dettes qu’il aurait contractées avec des tailleurs et des marchands de vin, le marquis répondit qu’il avait été dupé par eux, et qu’en bonne morale les fripons devaient être interdits avant les dupes.
—N’avouez-vous pas vous-même enfin avoir dévoré votre fortune dans des folies dont il est temps d’arrêter le débordement?
—Ma fortune était à moi, monsieur le lieutenant civil, par mon père et par ma mère, dont j’ai été l’unique héritier. Folie ou non, je suis quitte avec tout le monde; je ne fais pas banqueroute et ne m’appelle pas Guéménée. Il est vrai que je n’ai pas dissipé ma fortune en maîtresses ni en galantes infamies comme un maréchal de Saxe ou un duc de Richelieu; ni en chevaux, le roi aurait payé mes dettes; ni en bâtimens; je suis bien plus coupable, j’ai doré mon église, ma pauvre église, qui a été ma maison du faubourg; j’ai nourri mes habitans; et si chaque province avait un fou comme moi, la France à cette heure ne languirait pas de misère, et le roi Louis XV serait en interdit. On m’interdit, moi, non parce que j’ai mangé toute ma fortune, mais parce qu’il me reste vingt millions d’immeubles au soleil. Qu’on m’interdise; j’ai parlé.
Il fut fait selon ses vœux: le Châtelet interdit le marquis de Brunoy.
Sans espoir dans la ressource extrême que lui conseillèrent ses amis, il appela de la sentence du Châtelet au parlement, qui, par un de ces miracles de justice dont il y a peu d’exemples, cassa l’arrêt d’interdiction et laissa au marquis la libre gestion de ses biens.