En continuant la revue des appartements, je fus frappé du contraste de la salle des Victoires du grand Condé avec les salles consacrées à rappeler les victoires de ses descendants. L’une déroule, sous le pinceau de Vandermeulen, les plus beaux faits d’armes du grand règne; les autres n’offrent que des bois de cerfs, très-artistement empilés, et portant chacun la date de leur prise de possession. Il y a là de l’illustration pour sept ou huit Condés au moins et de quoi faire quatre mille manches de couteaux.
—Vous ne sauriez croire, monsieur, me dit le cadet de Chantilly, qui n’avait pas osé interrompre mon admiration, quelle passion ont toujours eue les Condés pour la chasse. La plupart en sont morts; quelques-uns en ont été ridicules.
A la Saint-Hubert, illustre et vénéré patron des chasseurs, on célébrait ici la messe des chiens, afin d’attirer sur eux, sur les chiens, l’adresse et le flair, si nécessaires au meurtre du gibier. Cette chronique, monsieur, n’est pas une impiété: c’est un fait. La chapelle était parée comme aux grands jours; c’était fête au chenil. Des fleurs étaient répandues sur les saintes dalles, des fleurs jonchaient le chenil. Vous que le rapprochement offense, vous n’apprendrez pas sans étonnement que le chenil du château de Chantilly est composé d’une aile entière de la seconde cour circulaire.
A la Saint-Hubert donc, selon l’antique usage, et avant même les Montmorency, le plus vieux gentilhomme, monté sur le plus vieux cheval, suivi du plus vieux chien, accompagné du plus vieux piqueur, ouvrait la marche religieuse des chiens se rendant à la messe.
Il est inutile de dire que ce jour-là le peigne, la brosse et l’éponge donnaient au poil tout le lustre de l’étiquette, et que les queues et les oreilles adoptaient la forme la plus grave, la plus analogue à la sainteté de la cérémonie. Les remontrances et l’eau de savon venaient à bout des plus rebelles. A défaut, la diète pour les uns, un excellent déjeuner pour les autres, répondaient de la décence de tous. L’hypocrisie se glissait parfois dans la tenue de quelques-uns; mais il faut bien pardonner ce vice, surtout lorsqu’on l’exige.
Dans l’ordre du cortége du chenil à la chapelle:
Venaient d’abord les grands dignitaires du chenil, le ban et l’arrière-ban des bouledogues d’Allemagne, à la tête ronde, aux oreilles coupées, au collier hérissé de pointes de fer. Chanoines de l’ordre.
Suivaient les bouledogues d’Angleterre, joufflus et ridés, grande espèce. Aumôniers.
Suivaient les grands lévriers à poil ras, aux jambes peureuses, au ventre affamé, au museau de fouine;—enfans de chœur; les grands lévriers à poil long, métis du grand lévrier et de l’épagneul: bon œil, pas d’odorat, moitié de courtisans;
Suivis des lévriers de la moyenne espèce.