LE TRIOMPHE DE CHANTILLY,
Ou Lettre de M. QUIN à M*** sur les fêtes qu’on y a données depuis trois mois.
Ces fêtes furent données à l’occasion de la jonction qu’opéra le corps d’armée du prince de Condé, avec celui de (1762?) Hesse.
Il y eut deux fêtes, celle du 26 septembre et celle du 27 novembre suivant.
Celle du 26 septembre est ainsi racontée; il est dit d’abord que les ordonnateurs furent: M. de Belleval, ancien capitaine au régiment de Bretagne, lieutenant de la capitainerie royale d’Halate, gouverneur et capitaine des chasses de Chantilly; et M. Peyrard, principal concierge du château, versé dans le goût des grandes fêtes et de leurs décorations, par un long usage sous S.A.S. feu monseigneur le duc.
«La journée du 26 septembre fut ouverte par une décharge de vingt-quatre pièces de canon du château, le Te Deum, à cinq heures du soir, chanté dans l’élégante église de Chantilly, conformément au mandement de M. l’évêque de Senlis, par la musique de la cathédrale, avec une affluence de spectateurs de tous les rangs, invités, ou rassemblés par leur curiosité de toutes les parties du canton.
»Les personnes de distinction reçues d’abord avec toutes les grâces possibles chez M. de Belleval, par madame de Franclieu, sa fille; les dames conduites à l’église par autant d’hommes, entre deux haies des gardes-chasse de S.A.S. en uniforme, placées et rangées avec le plus grand ordre, furent prises après le Te Deum dans les carrosses du prince pour être menées au palais d’Oronthée, qui était décoré d’une grande quantité de lustres et de lumières pour le bal.
»Pendant le Te Deum on fit plusieurs décharges d’artillerie et de mousqueterie.
»Sur les dix heures, la compagnie se rendit au château, d’où elle vit tirer un feu d’artifice sur le beau fossé qui borde le petit château, avec continuelle musique dans les îles et plusieurs barques revêtues de lanternes coloriées, qui voltigeaient régulièrement dans toutes les parties du fossé.
»Accès ouvert à tous les étrangers qui ont voulu se faire connaître par leurs noms.