—En doutes-tu, Hortense? En doutes-tu, Clarisse?

—Georges, dit Hortense à un des jardiniers d’Écouen qui se trouvait là, soyez témoin de ce serment:—Moi Hortense, Clarisse et Marie, nous nous jurons de nous réunir dans dix ans, à pareil jour, à pareille heure, à six heures du soir, à la grille des Tuileries.

Et Marie quitta Écouen.

Trois mois après, Clarisse en sortit et se maria. Un an ne s’était pas écoulé depuis le départ de Clarisse, qu’on retirait Hortense de l’institution de madame Campan; son éducation était finie.

Dix ans! dix ans passent vite dans le monde, et surtout quand on est heureuse comme Clarisse était appelée à l’être. On parlait du luxe de sa maison, de la distinction de ses manières; enfin elle se lança avec tant de pompe à la suite de son mari, un des plus riches banquiers de l’Europe, que bientôt on la perdit de vue.

Si dix ans sont un jour dans la vie d’une femme heureuse, que sont-ils pour une grande dame comme le fut Hortense, qui avait plus que de l’or, qui avait des titres et ne voyait rien au-dessus d’elle?

Quant à la pauvre Marie, elle n’avait ni équipage, ni maison, comme Clarisse et Hortense; elle n’avait sans doute qu’un père à consoler et à conduire au soleil, qu’aiment tant ceux qui ne peuvent plus le voir.

Enfin huit ans s’écoulèrent, neuf ans, vint la dixième année, vint le jour convenu, le jour solennel où les trois amies d’Écouen avaient promis de se rencontrer à la grille des Tuileries, quels qu’eussent été les événemens de leur vie.

Ce jour tombait un dimanche; on était en automne; les Tuileries étaient dorées de leurs feuilles qui commençaient à jaunir; c’était, comme toujours, derrière les grilles de beaux arbres, derrière les arbres des statues, à travers les arbres et les statues des jets d’eau, à gauche le château, au fond le dôme d’or des Invalides.

Plaçons-nous à la grille des Tuileries, et attendons; voici l’heure. Six heures moins dix minutes, personne encore; six heures moins cinq minutes, personne encore!