— On peut beaucoup avec de la volonté et du courage.

Il ajoute des paroles que ma mère n’écoute pas. Il fait de la statistique. Puis, les voix se rapprochent ; ils viennent ici.

L’un après l’autre, ils m’apparaissent avec des visages composés. C’est Poujade qui parle :

— Voilà ! Il va sans dire que j’approuve entièrement tout ce qu’a fait mon confrère. Nous allons vous suralimenter. Vous trouverez sur cette ordonnance toutes les indications utiles et, lorsque les forces vous seront un peu revenues, vous irez faire un petit tour en Suisse, à Davos, par exemple. L’air des hauts plateaux vous est indispensable.

En Suisse ! ce que j’avais prévu se réalise. Il se tourne vers Colline :

— Jusque-là, vous êtes en de bonnes mains.

C’est tout. Le professeur Poujade s’incline. Colline, lui, a ce sourire qui signifie : « Nous arrangerons cela. » Ils sont dans l’antichambre. Ils passent leur pardessus. Je distingue la voix de Poujade qui répond je ne sais quoi à une interrogation de ma mère. La porte claque. Ma mère revient.

Ah ! ce silence entre nous et ces façons qui s’efforcent d’être naturelles !

— Qu’a dit Poujade en partant ?

— Tu sais comme il est. Il a seulement dit, en hochant la tête : « Je n’aime pas beaucoup ces pneumonies qui durent si longtemps. » Ce sont ses paroles textuelles.