Il en est qui ont confiance. Le docteur Spengler, pour fortifier leur espoir de guérir, leur cite le cas de cet Australien, M. Watson, et de M. Van Berghem, ce Hollandais, arrivés à Davos dans un état lamentable et qui, aujourd’hui, font de longues excursions sans fatigue et présentent l’aspect d’une santé recouvrée. J’ai interrogé M. Watson :

— Il y a longtemps que vous êtes à Davos ?

— Huit ans passés.

— Et M. Van Berghem ?

— Oh ! pas autant que moi, six ans seulement.

Six ans seulement !

D’ailleurs, parmi tous les malades, réunis dans cette galerie, en est-il deux qui le soient d’une façon identique ? Chacun des maigres soufflets que l’air va déplisser au fond de ces poitrines est un jouet différent pour le mal qui l’habite. Le soleil, dans dix ans, éclairera peut-être celui d’entre nous qui semble le plus frappé, et le moins atteint ne saurait dire s’il sera là demain.


Voici l’heure du courrier. C’est surtout des journaux que le groom vient distribuer. Dès le premier jour, j’ai été frappé par le peu de lettres que reçoivent ces malades. N’ont-ils pas de parents ? N’ont-ils plus d’amis ? Moi, du moins, j’ai ma mère auprès de moi. Mais eux, comme ils sont seuls !

Que ceux qui croient à la vertu de l’amitié expliquent pourquoi les confidents des grandes douleurs, les compagnons des longs veuvages, les derniers témoins des vies manquées sont presque toujours un chien, un chat…