— Comme tous les jours, il n’y a pas grand changement.
La voix chaude et grave se récrie :
— Comment, ça ne va pas mieux ! L’air de Val-Roland est si pur, si doux ! il faut le distraire, ce malade. Il faut le distraire !
Et moi, au fond de ma chambre, j’éprouve une sorte d’irritation contre moi-même. N’ai-je pas tort, vraiment, de ne pas aller mieux ? Les autres malades, par leurs progrès, récompensent de leurs soins ceux qui les aiment. Mais moi ! Il n’y a rien à tirer de moi. Je suis le mauvais élève qui lasse ses maîtres et qu’on abandonne à lui-même, là-haut, tout au bout de la classe. J’ai l’âme humiliée et découragée d’un cancre.
Ma mère m’a rejoint. Elle a délivré le chat. Elle me demande :
— Tu es bien ? Tu n’as pas froid ? Il fait meilleur dehors que dedans.
Elle a pris un menu ouvrage. Nous demeurons un moment sans paroles. L’approche du soir endort peu à peu nos pensées. Ainsi se passent mes journées monotones, mes journées longues et désœuvrées de malade. Étendu sur ma chaise longue ou couché dans mon lit, je vois couler des heures qui ne m’apportent rien. Mes seuls événements sont les bruits familiers que j’attends, que je reconnais, qui me sont une douce habitude. C’est le pas de ma mère, le matin, quand elle se lève et que je la suis, au delà du couloir qui nous sépare. Je sais qu’ici, elle passe un peignoir, que là, elle prend ses épingles pour ramasser à la hâte ses cheveux. Voici que sa main tourne le bouton de ma porte et qu’elle vient s’informer avec son visage inquiet et si tendre de la façon dont j’ai passé la nuit. Pas de Paul, qui se hâte vers un rendez-vous, qui remonte chercher un objet. Bruits de la maison, bruits du village, bruits sous la fenêtre. Trompette du boulanger, son étouffé, par du papier, d’une pièce de monnaie qu’on jette à un pauvre sur la route, bruit élastique et flasque d’une pierre qu’un gamin lance dans la rivière. Bruits familiers, chers bruits qui suscitez tant de mouvements dans mon âme attentive, depuis la mélancolie songeuse où me plonge le cri rouillé des contrevents qu’on ouvre au soleil, dans la maison voisine, jusqu’au chant du pâtre qu’amplifie l’écho de la montagne, à l’heure d’ombre où les voitures de Biarritz s’en retournent et jettent une lueur tournante au plafond de ma chambre !…
Heure d’ombre où nous venons d’entrer insensiblement et qui enfante autour de nous tout un petit monde mystérieux. La fenêtre ouverte donne l’impression d’une oreille qui écoute, tandis que, par la porte que ma mère a laissée entre-bâillée, la lampe de l’escalier envoie dans la chambre un rayon qui hésite comme un regard indiscret.
A ce moment, m’étant tourné vers ma mère, je vois remuer ses lèvres.
— Tu pries ?