Elle s’était levée ; elle se rassied après avoir approché de moi son fauteuil. Les coudes sur ses genoux, le menton dans ses mains, elle me demande gentiment :

— Dites-moi ce qu’on vous a dit de moi. Cela m’amuse de savoir !

Je me souviens de tout ce qui est parvenu à mon oreille : qu’on l’a vue avec Paul sortir d’un fourré, très émue et un peu décoiffée ; que ses coquetteries ont affolé, il y a deux ans, un jeune musicien dont la famille a dû intervenir ; qu’on la rencontre, la nuit, déguisée en homme, allant à quelque rendez-vous secret. Mais s’il fallait croire tout ce qu’on raconte !…

— Cela vous intéresse donc bien ce qu’on a pu me dire de vous ?

— Ou plutôt non, je désire savoir ce que vous pensez de moi. C’est votre opinion que je tiens à connaître. Le reste m’est tout à fait égal… Pourquoi riez-vous ?

— Parce que vous avez les exigences d’une petite reine habituée à ce que rien ne lui résiste.

— Voilà ce que c’est !… Il ne m’arrive pas souvent de pouvoir causer librement avec vous : alors j’en profite.

— Eh bien ! Mademoiselle, je pense que vous vivez ici un peu à l’étroit, que vous êtes faite pour le plaisir, l’aventure, la conquête. Je suppose qu’il ne vous est pas indifférent de plaire, que vous voulez plaire…

— Et puis ?

— Je vous crois vite émue, prompte à vous dévouer, cordiale avec le premier venu… Il faut tout dire ?