— Je l’ai compris ce soir, vous rappelez-vous, où je passais avant le dîner. Il ne faisait pas encore nuit. Vous veniez de quitter le docteur : vous étiez en bas. Je suis entrée un instant. Tenez, j’étais près de la fenêtre et vous me regardiez comme vous m’avez regardée tout à l’heure, d’une façon si intense que je sentais la chaleur de votre regard sur moi. J’ai dû rougir un peu. Vous ne vous souvenez pas ?
— Il me semble. N’était-ce pas le jour de la fourrure ?
— Quelle fourrure ?
— N’aviez-vous pas une fourrure sombre autour du cou, qui glissait sur vos épaules ?
— Oui, c’est cela, je revois très bien mon geste pour la ramener.
Moi aussi ; je la revois, ramenant d’un geste vif cette bête brune au poil tiède qui semblait s’animer au contact de son corps. Parce qu’elle avait chaud, elle la rejetait un peu sur les épaules, et la fourrure se remettait à glisser et à la découvrir jusqu’au moment où, détachée d’un côté, elle se déroulait sur son dos comme une chevelure, et je me rappelle, sans pouvoir le dire, ce que cette petite chose avait de voluptueux et de presque impudique.
Olive est entrée portant le courrier.
— Déjà la poste ! dit Javotte. Il doit être quatre heures passées.
— Cinq heures moins le quart, prononce Olive avec ce petit sourire fourbe qu’elle consacre d’ordinaire à Paul.
Je l’entends qui redescend bruyamment l’escalier, comme pour nous dire : « Je m’en vais. Ne croyez pas que j’écoute aux portes. » Javotte s’est levée :