La porte a tourné. Javotte est devant moi, éblouissante, qui me demande :

— Comment va mon ami, aujourd’hui ? Est-ce vrai que vous n’étiez pas trop fatigué ?

— Non, pas trop.

— Un peu, alors ?

— Non, non, pas plus que d’habitude.

Elle s’est assise, comme hier, près de moi, dans un fauteuil. Elle m’a pris les mains et tout me paraît beau, simple, facile, merveilleux. Ce que j’éprouve, je ne le sais pas très bien. Je rêve que, par nos mains réunies, nos veines se joignent, nos vies se confondent, je voudrais ce que je voulais à seize ans, ce que j’ai toujours voulu, ce que j’ai toujours cherché, ce que je n’ai jamais réalisé.

— Qu’ont-elles, mes mains ?

Elle me les tend ouvertes, met, l’une après l’autre, ses paumes sur mes lèvres, et ses doigts écartés se referment sur ma moustache avec une douce violence.

Mains des puissants qui commandent à leurs semblables, mains qu’on regarde signer et dont le paraphe fait entrer la fortune ou la congédie, mains sur qui se fixèrent tant d’attentes, de désirs et d’espérances qu’une fois l’âge venu, elles demeurent plus vivantes que le front où s’efface la pensée, aucune d’elles n’a connu de plus humbles, de plus ardents regards que la petite main de l’amie qui possède notre cœur.

Javotte me dit :