— Je crains que votre mère ne soit fâchée. Elle est partie tout de suite… Je l’aime bien, mais elle ne va pas m’empêcher de vous voir, à présent…

— Pourquoi voulez-vous qu’elle vous en empêche ?

— Je ne sais pas. J’abuse peut-être en venant deux jours de suite. Maintenant je vais toujours m’attendre à ce qu’un tas d’obtacles se dressent entre nous… Je suis inquiète.

On ne le dirait pas. Elle est gaie ; elle me conte, en riant, un potin qui l’amuse ; mais elle s’interrompt devant mon air sérieux.

— Vous me trouvez trop gaie ? Vous n’aimez pas que je rie ?

— Si, si, riez, Javotte… Au contraire, j’aime, quand le rire vous secoue, entendre le bruit haletant, le bruit perlé, le bruit de source que fait la joie qui s’échappe de vous.

— Ne me dites pas cela ; vous allez me rendre insupportable.

Je la regarde qui se penche vers moi, qui se renverse sur son fauteuil, qui se lève, qui se meut dans sa robe noire. Chacun de ses mouvements la sculpte. Est-ce une jeune fille, cette amazone ? J’ai connu des femmes dont la beauté était complétée par leur costume. Elles ne suggéraient pas l’idée de les séparer de leur ajustement ; on ne songeait pas, en les voyant, à leur corps caché dans leur robe. Au contraire, Javotte, dès qu’elle m’apparaît, m’impose l’image d’une beauté ardente et captive. Cette robe ne fait pas partie d’elle, c’est une prison d’étoffe qui l’impatiente. Chez les autres, le vêtement semble naturel comme l’écorce d’un arbre ; chez elle, c’est un déguisement. Car Javotte est une créature d’amour. Elle respire l’amour, l’exhale comme son parfum propre ; elle en vit ; elle en rayonne. Tout en elle appelle le désir.

Je ne sais quel sera son destin, s’il tiendra dans les limites de ce village, ou s’il se répandra sur le monde ; mais des grandes amoureuses elle a tout, plus que la beauté, cet attrait, ce grand charme profond, ce tendre ensorcellement, cette voix qui vous prend le cœur, ce sourire qui semble donner plus qu’elle-même, ces longs regards voluptueux qui font vivre et mourir.

Elle s’est rassise près de moi. Nos têtes, comme hier, se sont rapprochées. Je lui demande :