Avec un peu d’hésitation et beaucoup de gentillesse, elle répond :

— Je voudrais savoir, je voudrais être sûre que, chaque matin en vous éveillant et chaque soir avant de vous endormir, vous me donnez votre première et votre dernière pensée…

Je n’ai pu m’empêcher d’avouer :

— Avez-vous besoin de me le demander !…

Cependant, l’horloge de l’escalier a sonné quatre heures, puis la demie. Ma mère est entrée. Elle prononce sur un ton de légère gronderie :

— Mademoiselle Javotte, je suis obligée de faire le gendarme.

— Oh ! Madame, je comprends très bien. Je n’étais montée que pour une minute, et puis on s’attarde. On ne sait pas limiter son plaisir. Je suis en faute ; je le déclare… Deux jours de suite, c’est trop. Maintenant je ne viendrai plus qu’à la fin de la semaine. Vous allez peut-être trouver que j’abuse ?…

— Pas du tout. Venez souvent. Cela me fera plaisir. Causer modérément, se distraire, cela ne saurait être défendu à mon malade. Mais, hier soir, il avait des frissons, et je le trouve un peu faible en ce moment… Ces temps trop chauds qui sont venus subitement fatiguent même les gens bien portants, à plus forte raison… Tiens, voici Paul qui rentre… Il n’a pas fait une longue promenade aujourd’hui… Mais non, il ne rentre pas… il fait les cent pas… on dirait qu’il attend quelqu’un… Ah ! voici qu’il se décide…

On entend le bruit de la porte fermée sans discrétion, le pas de Paul qui monte. Il va à sa chambre pour y jeter sa canne et se promène dans le couloir.

— C’est étrange, reprend ma mère, qu’est-ce qu’il a aujourd’hui ?