— Pourquoi me dites-vous ces choses méchantes ? Comment accepterais-je de vous l’ordre ? Vous savez bien que vous seul comptez pour moi… Le matin, quand je m’éveille, est-ce que mon premier souci n’est pas pour le temps qu’il fait ? Je pense à vous… S’il fait beau, je me dis : « Tant mieux, ce beau temps va hâter sa guérison », et je suis gaie. S’il pleut, je songe : « Voilà qui va augmenter sa tristesse », et cela m’assombrit. Au fond, vous le savez bien, vous savez bien que je suis sincère… dites que vous le savez ?…

Je vois sa poitrine se soulever avec force. Comme elle voudrait que je la croie ensorcelée, cette enchanteresse ! Je ne sais plus que penser ; mais ce dont je suis certain, c’est qu’il importe que je paraisse incrédule, si je veux jouir encore de la voir bouleversée, si belle de passion, de fureur amoureuse. Ne va-t-elle pas, pour me vaincre, se jeter sur mon cœur ? Je me tais ; les minutes passent ; et je ne sens plus que le poids du silence et la force de mon désir.

— Dites que vous me croyez ?… dites que vous me croyez ?…

— Je voudrais tant vous croire !…

D’une voix presque basse, la lèvre agitée d’un léger tremblement, sans oser me regarder, elle me demande :

— Que faut-il faire pour que vous ne doutiez plus jamais, que faut-il faire ?… quelle preuve puis-je vous donner ?… Quelle preuve voulez-vous ?

Alors, il est arrivé ce qui devait arriver. Nous étions seuls, à l’abri de toute surprise. Pâle d’une pâleur ardente, pleine de trouble et de peur, tenant ses paupières closes sur je ne sais quoi d’immense, comme un soleil caché, elle m’a donné la seule preuve d’amour qu’une femme puisse donner et, du bonheur qui fondait ainsi sur moi, les mots que je pourrais dire s’arrêteront là…

XVIII
LA JALOUSIE

Ma mère souffre ; c’est visible. Quand Javotte vient, elle ne se montre plus. J’évite de prononcer son nom ; mais, présente ou absente, elle nous divise. La douce intimité, la paix confiante de cette maison se sont enfuies. A chaque instant, je le constate. Ainsi, tout à l’heure, comme je n’avais pu retenir un mouvement de mauvaise humeur au moment où Olive me remettait le courrier qui ne contenait que de vagues prospectus, ma mère m’a dit :

— Tu es nerveux : je le comprends ; tu t’es tellement ennuyé aujourd’hui !…