— Ah ! me mère, quand tu m’entendis sangloter à trois ans, parce que ma première petite amie, qui en avait cinq, n’était pas venue, un après-midi, jouer avec moi, si tu as compris quel cœur misérable et lâche s’éveillait déjà dans ma poitrine d’enfant, ah ! par pitié, que ne m’as-tu, sur l’heure, ôté la vie que tu m’avais donnée !…
XIX
LA DÉRAISON
C’est le matin. Les bonnes sont à la messe. Ma mère, assise devant le guéridon, vérifie un compte pendant que, dans mon lit, je feins de lire les journaux, comme d’habitude. Un instant, s’étant tournée vers moi, elle se lève très émue, car elle a vu que je pleurais.
— Qu’est-ce que tu as, André ? Qu’est-ce que tu as ? Pourquoi pleures-tu ?
— Je n’ai rien… Je n’ai rien…
Mais aussitôt elle a deviné :
— C’est elle qui te torture ; c’est pour elle que tu pleures. Tu souffres !… Ah ! mon pauvre enfant !…
Je ne peux que répondre en hochant la tête :
— Oui… oui… oui…
Elle s’est approchée de moi. Les sanglots m’étouffent. Il y a si longtemps que je voulais pleurer au cou de quelqu’un ! Elle m’interroge doucement :