— Et toi ?

— Oh ! moi, je ne te souhaite pas d’être dans ma peau en ce moment.

— Écoute, Paul, écoute-moi… Je ne pouvais plus vivre ainsi. Cessons de nous déchirer… Je ne veux pas te disputer plus longtemps une femme que tu aimes… Si tu l’aimes assez pour l’épouser, je te la laisse ; je m’en irai finir ailleurs… Sinon, laisse-la-moi… laisse-la-moi… Je ne te la prendrai pas longtemps.

J’attends une parole qui me révèle son cœur, l’étendue de son amour pour elle ou de sa pitié pour moi, quelque chose, un mot humain, il me dit :

— Mais tu es fou !… Qui te parle de l’épouser ?… Toujours tes exagérations !… Quand on souffre, ce n’est pas une raison pour vouloir souffrir toute sa vie… Merci, ce n’est pas avec tout ce que je sais, tout ce que je découvre… Non, je ne suis pas encore résolu comme toi au suicide… Merci bien… J’ai le cœur assez détraqué comme ça…

— Alors laisse-la-moi.

— Tu es fou… Tu déraisonnes… Tu t’es monté la tête… Elle ne t’aime pas… Elle est venue ici comme elle va chez tous les malades. Ah ! voilà le danger de cette amitié facile, imprudente. Je le lui ai dit souvent : « Prenez garde, vous allez affoler ce garçon qui manque de distractions, qui ne voit que vous, que vos moindres paroles exaltent…

— Assez, cela suffit. Je vais lui écrire. Elle sera là après le déjeuner ; c’est elle qui parlera, qui se prononcera entre nous…

— Elle s’expliquera… si elle s’explique. J’irai la chercher… car, moi aussi, je tiens à éclaircir cette situation… Ah ! je ne sais pas comment tu t’y es pris pour bouleverser tout le monde, mais tu y as singulièrement réussi…

Il me parle avec une colère froide. Il a aux yeux un reflet de cette haine qui le défigurait tout à l’heure. On sent qu’il voudrait trouver un mot qui me blessât. Il ne voit en moi qu’un envieux qui a gâté son bonheur. Ma mère, qui nous a écoutés, muette, s’écrie :