Elle entre, suivie de Paul très pâle, elle s’approche de mon lit, souriante ; mais il est visible qu’elle fait un effort pour sourire.
— Eh bien ! il paraît que vous n’êtes pas raisonnable, que vous vous rendez plus malade. Mon Dieu ! Qu’est-ce que tout cela veut dire ?
Le moment est venu ! Le moment est venu ! Ces mots sonnent à mon oreille et me grisent. Je lui dis :
— Javotte, il faut parler… Vivre dans l’équivoque n’était plus possible. Vous êtes entre nous deux. Si vous aimez l’un de nous, parlez !
J’attends sa réponse. Mon tourment va cesser. Elle regarde Paul ; elle le plaint sans doute. Mais la vérité s’impose ; il est trop tard pour se taire. Elle dit :
— Calmez-vous… Vous avez la fièvre ; vos mains sont brûlantes. Je ne pourrai vous répondre que lorsque vous serez tout à fait calme.
— Je suis calme ; ne craignez rien.
— Alors, si vous êtes calme, songez à vous. Ici tout le monde est bouleversé, et c’est moi la coupable. Ah ! il est des instants où je me déteste, où je me fais horreur… Moi qui aurais voulu ne voir que des heureux autour de moi ; c’est affreux !…
Que signifient ces paroles ? Pourquoi ne parle-t-elle pas ? J’éprouve une sensation de vide, de déroute, de panique. Pourtant, je fais encore une tentative :
— Javotte, vous ne vous rendez pas compte de la situation. Il y a quelqu’un ici que vous voulez ménager. C’est trop tard. Au point où nous en sommes, quel qu’il soit, c’est un mot de vérité que nous attendons de vous.