Elle baisse la tête. Dans ses yeux une première larme apparaît ; elle ne répond pas. Paul, qui marche vers la glace, déclare :
— Ah ! je peux dire que j’ai connu aujourd’hui ce que la douleur humaine…
Il dit cela en levant les bras. Ses bras retombent ; la phrase reste en l’air, inachevée. Il a fait un vain effort pour se hausser à un ton pathétique qui ne lui va pas. J’entends bien qu’il peut éprouver, lui aussi, des sentiments exaltés ; mais il les porte avec cet air emprunté qu’on a sous des vêtements trop amples, qui ne sont pas à votre taille. Javotte se tait toujours. C’est bien ; j’ai perdu. Il ne faut pas être faible. Je me raidis :
— Allons ! cette pénible scène va finir. Rappelez-vous seulement qu’un jour la pensée m’est venue, le soupçon m’a effleuré que par je ne sais quelle coquetterie perverse vous aviez entrepris de vous faire aimer et de Paul et de moi, que vous aviez joué le même jeu avec chacun de nous, rappelez-vous ce que je vous ai dit : « Si cela était, voyez, je suis sans force, mais j’ai un si frénétique désir de ne pas souffrir que je quitterais Val-Roland et que je ne vous reverrais plus. » Maintenant, je vous pose une dernière fois la question : Si c’est Paul que vous aimez, dites-le sans crainte. Je ne veux ni ménagements, ni pitié, il faut choisir.
Alors ce sont des pleurs, des paroles de femme :
— Vous me torturez… vous me torturez… Vous voyez bien que je ne peux pas vous répondre !…
Elle sanglote. A Paul qui s’est rapproché d’elle, elle dit à voix basse :
— Un mouchoir ; donnez-moi un mouchoir…
Il sort pour aller le chercher. On entend dans le couloir une fuite de jupes. C’est Olive, sans doute, surprise aux écoutes. Un instant se passe. Nous n’avons pas échangé une parole. Paul revient avec un mouchoir qu’il a pris le soin de parfumer. Si elle défaille, il est prêt à la retenir dans ses bras ; c’est pourquoi lui-même fleure l’eau de Cologne dont il vient d’inonder ses joues au vaporisateur. La gravité des circonstances ne l’empêche pas d’être attentif à ces menus avantages.
Javotte tamponne ses yeux. Elle répète entre deux sanglots :