Je me dis encore :

Les premiers pas dans la voie de la sagesse sont les plus difficiles. L’obstacle à surmonter te paraît grand parce que ton courage est petit. Enfant, une table que ta tête n’atteignait pas, un livre que ta main ne pouvait couvrir étaient immenses à tes yeux. Puis, quand s’est haussée ta taille, quand ta main s’est développée, ces choses, étant demeurées les mêmes, t’ont paru réduites. Pareillement, à mesure que l’énergie, la volonté croîtront en toi, tu verras se rapetisser l’obstacle ; tu reconnaîtras que cet amour n’était pas la raison suprême de ta vie, qu’il n’en a été que l’accident.

Je me répète chaque jour ces choses. Elles me font du bien.


Un matin, Paul est entré dans ma chambre :

— Peux-tu me recevoir ?

— Entre. J’allais justement te faire prier de venir. J’ai à te parler. Je ne sais pas si de ton côté tu as pris une détermination ; mais pour ma part, j’en ai prise une : je renonce à Javotte.

Il m’a dit :

— Moi aussi. J’ai réfléchi ; je suis presque tranquille ; c’est moins dur que je ne pensais. Depuis quelques jours, ça va mieux ; il me semble qu’on m’a ôté un poids sur la poitrine. Aussi je suis bien résolu à ne plus la revoir… Si tu veux, nous ne parlerons plus de cette morte.

Il ajoute :