Que ferai-je ? J’ai dit à Paul que je ne répondrais pas. Je relis la lettre lentement quand je suis seul. Je suis ému ; mais ma conviction n’est pas ébranlée. Que ferai-je ? Si je la revois, le moindre de ses gestes m’attachera à elle mieux que la preuve la plus éclatante de sa sincérité ? Et même si je suis convaincu qu’elle ment, en sera-t-elle moins désirable ? Alors que m’importent ses explications ? Quoi qu’elle dise, que ses paroles soient persuasives ou qu’elles n’aient aucun sens, je n’entendrai pas ses paroles ; j’entendrai le son de sa voix et je n’aurai plus de force dans les jambes. Même s’imposât-elle le silence, qu’il lui suffirait de me regarder ; son regard m’engourdirait le cœur. Et tint-elle les yeux baissés que la seule vue de sa bouche dissoudrait mon courage…
Non, il ne faut pas, il ne faut pas que je la revoie.
Maintenant, c’est la détente ; l’organisme cède. Je ne quitte plus la chambre. C’est à peine si je me lève pour aller m’étendre près de la fenêtre. Debout, mes jambes chancellent. Je suis essoufflé au moindre mouvement. J’éprouve une vive douleur entre les épaules. Évidemment, il se fait en moi une diminution sensible des forces. Je n’ose plus prendre ma température ; mais le feu de mes pommettes, mon pouls précipité, mes mains brûlantes indiquent suffisamment que ma fièvre est permanente.
Je me suis décidé à me remettre entre les mains du docteur. Il est venu. Il m’a ausculté longuement.
— Respirez… respirez donc… vous ne respirez pas.
— Mais si, docteur, je respire autant que je peux.
— Je n’entends rien du tout.
L’oreille contre mon dos, il soufflait, s’obstinait, me faisait compter :
— Quarante et un, quarante-deux, quarante-trois, quarante-quatre…