AUGUSTE—Alors pourquoi vous a-t-elle appelé? Par il diavolo! les amoureux ont d'étranges idées! A votre place, savez-vous ce que je ferais? J'irais trouver Jolin, et je lui demanderais une explication franche et précise en présence de ces dames.
ADRIEN—Je ne l'obtiendrais pas; et Jolin, prenant l'alarme à ma vue, redoublerait de rigueur envers cette malheureuse enfant. Et, monsieur, s'il faut vous avouer la vérité, quelques mots de la lettre de Blanche me font craindre que l'on n'ait l'intention d'exercer sur elle d'indignes violences...
AUGUSTE—Allons donc, sa mère n'est-elle pas là?
ADRIEN—Mme Saint-Vallier a un esprit borné et opiniâtre... monsieur. Et ce Jolin est si profondément corrompu!
AUGUSTE—Vous semblez ne pas avoir une très bonne opinion de ce pauvre Jolin.
ADRIEN, baissant la voix—Ah! là bas, à l'auberge, on n'a pas osé vous dire la vérité, tant il inspire de terreur. Ici tout le monde tremble au nom de Jolin!
AUGUSTE—Diable! Et sur quoi se base cette belle réputation?
ADRIEN—Sur des bruits vagues, je l'avoue, mais qui ont certainement leur origine dans la réalité. D'abord on n'a jamais su d'où lui venait sa fortune; et puis ont dit (Baissant la voix.) qu'il est associé avec la bande de malfaiteurs qui désole les environs. Enfin, malgré son âge, Jolin passe pour un homme profondément immoral, qui a dû, à force d'argent, étouffer certaines affaires scandaleuses de la nature la plus grave. Jugez de mon désespoir en sachant la femme que j'aime au pouvoir d'un pareil homme.
AUGUSTE, après avoir fait quelques pas—La lutte sera rude; n'importe, nous lutterons... Enfin, jeune homme, en deux mots, qu'attendez-vous de moi?
ADRIEN—Oh! bien peu de chose, monsieur; consentez seulement à remettre cette lettre à Mlle Saint-Vallier.