AUGUSTE—Mais à quoi cela vous servira-t-il?
ADRIEN—À l'instruire de mon arrivée d'abord...
AUGUSTE—Et en définitive à tenter quelque démarche imprudente qui gâterait encore vos affaires. Cette lettre est inutile, jeune homme. Écoutez; mon arrivée va singulièrement occuper Jolin, et il ne songera pas de sitôt aux amourettes. Fiez-vous à moi pour le reste. Vous m'avez raconté vos chagrins; laissez-moi maintenant vous servir à ma manière. Je ne vous le cache pas; Je suis dans un moment de crise. Demain je puis être au sommet de la roue de fortune; peut-être serai-je aussi misérable qu'aujourd'hui... moins l'espérance. Vous courrez ma chance. En attendant, ne me demandez aucun engagement que je serais peut-être embarrassé de tenir. J'ai besoin de ma liberté d'action. Bona sera!...
ADRIEN—Au moins, permettez-moi...
AUGUSTE—Au diable! (Il sort.)
SCÈNE IV
ADRIEN, seul.
ADRIEN—Allons, je l'ai mécontenté. Quel homme étrange! Malgré ses manières brusques, il y a en lui quelque chose qui m'inspire je ne sais quelle confiance. Mais n'ai-je pas eu tort de lui ouvrir mon cœur? S'il allait me trahir!... mais non, c'est impossible; l'intérêt qu'il m'a témoigné était sincère. Cependant je m'applaudis de ne pas lui avoir révélé mon projet, comme j'en ai eu un moment la pensée. Et ce projet, pourquoi ne l'accomplirais-je pas cette nuit même? L'arrivée de ce voyageur va occuper Jolin et ces gens... Allons, oui; prenons ce chemin détourné. Je ne trouverai peut-être jamais une occasion aussi favorable! (Il sort.)
(La toile tombe.)