AUGUSTE—Partir? Oh! non, non! Te quitter, jamais!... Nous serons heureux ensemble.

BLANCHE—Et moi Adrien, et moi, monsieur DesRivières? n'aurai-je pas une petite part dans votre joie?

AUGUSTE—Vous! la jolie tourterelle de mon tourtereau! Vous la perle jumelle de mon écrin! vous partagerez notre bonheur en le complétant; vous serez ma fille comme il est mon fils. Je vous réunirai tous les deux sous mes ailes, et je vous défendrai du bec et des ongles, comme la poule défend ses petits... Jesus mein Gott! triple tonnerre, ma tête se détraque... me voilà poule couveuse, à présent! Je ris et je pleure à la fois... Elle est si belle, si douce et si gracieuse, ma fille!... Et mon fils, il est si brave, si honnête, si dévoué!... Vous vous aimerez et vous m'aimerez. Quand nous serons seuls, tout seuls, vous m'appellerez votre père, n'est-ce pas? Et plus tard vos enfants... Oh! mais que vais-je dire là, moi? Ne m'écoutez pas, tenez, ne m'écoutez pas. Je délire, j'extravague, et vous ne voudriez pas pour père de ce fou ridicule qu'on surnommait autrefois la Bourrasque...

ADRIEN—Mais, mon père, ce bonheur dont vous parlez ne pourra jamais se réaliser!

AUGUSTE—Qui dit cela?

ADRIEN—Mais vous oubliez donc...

AUGUSTE—Blanche sera ta femme, entends-tu? Oui, elle sera ta femme, dussé-je, moi-même, tordre le cou à ce vieux scélérat de Jolin!... Mais tu ne sais donc pas, Adrien? Cette contre-lettre, nous la possédons maintenant. Tout ce que Jolin a m'appartient...

BLANCHE—Mais, monsieur, les préjugés de ma mère contre Adrien...

AUGUSTE—Votre mère? Oh! ses préjugés ne tiendront pas quand elle verra Adrien immensément riche, et Jolin ruiné. Soyez tranquille, je me charge de tout...

SCÈNE IV