CAYOU—Allons, c'est pas tout ci tout ça. Vous avez bu mon absinthe; il faut qu'a s'paie! Si y avait de la police au moins pour les vagabonds comme ça! Allons, vite, vite! payez-moi, guerdin, ou je vous fais dévorer par mon chien. Pautaud! Ici, Pataud!...
ADRIEN, s'avançant—Monsieur, me permettrez-vous de vous rendre sans vous connaître un léger service? Si vous le voulez bien, l'aubergiste portera le surplus de votre dépense à mon compte personnel.
AUGUSTE—Jeune homme...
ADRIEN—On conçoit qu'un voyageur, en débarquant trop précipitamment peut-être, ait oublié sa bourse dans ses bagages.
AUGUSTE—Je n'ai ni bourse ni bagages, ni feu ni lieu. Je jette l'or par les fenêtres quand j'en ai, et j'oublie souvent que je n'en ai pas, comme ce soir, par exemple. Néanmoins j'accepte votre proposition, jeune homme. Votre figure m'a frappé tout d'abord. Vous avez une étrange ressemblance avec... quelqu'un que j'ai connu... Enfin, j'accepte. Peut-être cette pièce d'argent que vous donnez à un inconnu sera-t-elle à jamais perdue pour vous; peut-être aussi... Merci donc, et felice notte! Dieu est grand! (Il sort.)
JOSEPTE—Oui, fiche-moi le camp! Que Dieu nous préserve de pareilles visites! On serait beutôt mort de faim!
DEUXIÈME TABLEAU
AMOUR D'ENFANCE
(Le théâtre représente une route solitaire dans les bois. Il fait nuit. Au lever du rideau, Auguste traverse la scène, et Adrien apparaît par le fond.)