— J'allais le dire, souligna Lisée.
— Y a-t-il pas moyen de dégoter une ferme où l'on trouvera du vin frais ?
— Mais si ; nous allons descendre aux Planches, chez François : il ne refusera pas de nous donner à boire à nous et à nos chiens, puisque, si j'en crois les bruits qui ont couru, Miraut a été du dernier bien avec sa chienne.
— Tous les vrais bons chiens sont… carnassiers, affirma Pépé ; allons chez François, j ai une pépie qui n'est pas dans un sac.
C'était uniquement pour rendre service aux voyageurs et aux passants que François leur donnait ou leur laissait, selon qu'ils étaient pauvres ou aisés, le vin qu'ils lui demandaient au passage. Selon une vieille et touchante coutume qu'il avait religieusement conservée, en même temps que le litre, il apportait toujours la miche de pain avec un couteau, car il est mieux et plus conforme aux règles paysannes de bienséance et d'hygiène de casser une croûte en buvant un verre.
Lisée qui, de temps en temps, venait lui donner un coup de main gratuit, était un ami ; aussi, dès qu'il le vit arriver avec ses camarades, il se mit en quatre pour leur « faire honnêteté », comme on dit là-bas.
Sa femme vivement essuya les verres avec un torchon propre tiré de l'armoire, et Pépé la pria cordialement, pour elle et son mari, d'ajouter deux verres afin que tout le monde pût trinquer.
Lorsque quatre chasseurs sont réunis, c'est habituellement pour parler chasse, et quand quatre chasseurs parlent chasse, on peut en déduire qu'ils en ont pour un certain bout de temps. Les litres et les litres se succédèrent sur la table ; on n'avait rien de mieux à faire qu'à boire en blaguant, de sorte que, au bout de deux ou trois heures de ce régime, si la soif avait à peu près disparu, l'appétit, par contre, était venu.
— Tu n'aurais pas un bout de lard par là et des œufs à nous faire cuire ? questionna Philomen.
— Mais si, mais si ! Tant que vous voudrez, s'empressa François, toujours d'avis.