Maintenant qu'il n'avait plus Bellone pour le débaucher, Miraut montrait moins d'enthousiasme à partir seul en chasse.

Le mois de mars venu, il accompagna Lisée à ses diverses besognes, se couchant à proximité de son maître, sans grande envie d'aller plus loin et de faire courir un oreillard. Ses seules sorties ne furent d'abord que quelques bordées qu'il tira au moment des chiennes en folie ; mais elles étaient depuis longtemps réglementaires et le patron ne songea pas une seule fois à s'inquiéter dans ce cas de ses absences prolongées. Pourtant, quand la température s'adoucit, que les arbres se prirent à bourgeonner et à feuiller, il sembla s'éveiller de sa léthargie et tendit assez souvent le nez dans la direction de la forêt ; mais comme il n'avait ni boule ni entrave, cela le tenta moins et il résista assez longtemps aux poussées de son instinct.

Toute résistance a une fin ; qui a chassé chassera encore, de même que qui a bu boira, et un beau soir, sans prévenir personne, il gagna la Côte. Une demi-heure après, dans la nuit très calme, son aboi forcené ravageait le silence.

Comme il n'était pas trop tard, tous ceux qui n'étaient point encore couchés et prenaient le frais sur le pas de leurs portes purent l'entendre :

— Ce sacré Miraut, hein ! comme il les mène tout de même !

— Eh bien ! brigadier, il se fout de vous, celui-là ; il aime autant que la chasse soit fermée, ça ne lui fait rien, goguenarda sans trop de malice le père Totome en s'adressant à Martet qui rentrait, recru de fatigue.

Celui-ci, très vexé, croyant à tort ou à raison que l'autre avait voulu lui faire une observation au sujet de son service, s'en vint aussitôt trouver Lisée.

— Vous entendez Miraut, dit-il ; il chasse tant qu'il peut par les Cotards et tout le monde le sait. Je ne peux pas laisser la chose comme ça ; cet imbécile de Totome, avec son air bête, vient de me le faire remarquer devant témoins. Vous comprendrez que je suis forcé de sévir, je vais prendre ma retraite bientôt et je suis proposé pour la médaille, il suffit d'une dénonciation pour qu'on me rase et que je me brosse.

— Brigadier, répondit Lisée, c'est la première fois cette année ; je ne veux pas vous faire arriver des histoires, mais je vous en supplie, ne me faites pas de procès-verbal.

— Ah ! je lui ai bien dit, intervint la Guélotte, que cette sale bête nous ferait des misères. S'il m'avait écouté ! … Dire qu'on nous en a offert un si bon prix et qu'il a refusé de le vendre !