— Je comprends, interrompit Martet, qu'on s'attache à une bête ; on s'attache bien à une femme et souvent, pour ne pas dire toujours, ça ne vaut pas un chien.

— Ramasse, fit Lisée, ça t'apprendra.

Ils sortirent ensemble.

— Je vais vous attendre chez moi, déclara le brigadier. Je ne me coucherai pas et ne dormirai pas tranquille tant que vous ne serez pas revenu et que vous ne l'aurez pas ramené.

Lisée, familier avec tous les passages et trajets des lièvres, écouta la chasse et vint attendre son chien à un sentier où il était certain qu'il traverserait tôt ou tard. Quand il l'entendit approcher, il le corna et l'appela de la même façon que lorsqu'il tenait le lièvre. Miraut, trompé, accourut et, à la faveur de cette ruse, le maître put le saisir et lui passer une chaîne dans la boucle de son collier.

Mais quand le chien vit de quoi il était question et qu'on l'obligeait à abandonner son gibier, il témoigna, en se cramponnant sur ses pattes et en tirant vers la piste abandonnée, d'un très vif mécontentement et d'une énergique volonté de poursuivre, envers et malgré son patron, le capucin qu'il avait lancé.

Il fallut que Lisée, après avoir épuisé les moyens conciliants, les caresses, les promesses, les appels à la douceur et à l'obéissance, en vînt à la force pour le décider, de très mauvais gré, à le suivre au logis. Toutefois, quand il se fut armé d'une verge de noisetier, Miraut, qui n'avait jamais été battu par lui et craignait d'autant plus la correction, obtempéra enfin et, la tête basse et la queue dans les jambes, suivit son seigneur en se demandant quelle idée de folie avait pu subitement traverser ainsi le cerveau de Lisée.

CHAPITRE III

Miraut fut claustré sévèrement ce soir-là et passa à la remise toute sa matinée du lendemain. Vers midi, on l'appela pour lui faire manger sa soupe. Il avait certainement sur le cœur l'affaire de la veille et boudait un peu. Cependant, par habitude sans doute, il condescendit à se présenter devant Lisée et à secouer deux ou trois fois la queue en son honneur, mais il ne poussa pas plus loin ses démonstrations et s'en alla retrouver dans son coin la Mique, sa vieille amie qui, ayant tout à fait renoncé, vu son grand âge, à la chasse aux souris, passait maintenant ses jours et ses nuits à sommeiller au soleil ou à dormir en rond derrière le fourneau de la chambre. Miraut lui murmura un vague et très doux grognement, la poussa un peu du museau et gratta de la patte pour la prier de bien vouloir lui céder une partie de la bonne place chaude qu'elle occupait. Dès qu'elle eut satisfait à son désir, il se coucha lui aussi tout près d'elle et, la tête sur les pattes, les yeux grands ouverts, se livra tout entier à des méditations certainement pleines de misanthropie.

Lisée s'en aperçut bien et il en fut quelque peu peiné, mais il ne crut néanmoins point utile de lui tenir de longs discours explicatifs dans le but de lui faire entendre que la chasse est permise à certaines époques et défendue à d'autres.