Un chien qui chasse ! Il fallait qu'il en eût du toupet !

La chose paraissait énorme.

Martet immédiatement reconnut la voix, mais dans l'espoir que la chasse ne durerait pas longtemps et que Lisée, prévenu, viendrait rattraper son chien, il déclara qu'il n'était pas très sûr, que beaucoup de courants jappaient de cette façon, qu'il valait mieux, puisqu'on était en nombre suffisant, cerner le délinquant et lire sur son collier le nom de son maître.

Les gardes s'égaillèrent le long de la tranchée, écoutant attentivement. Comme le lièvre avait de l'avance, il passa quelques minutes avant Miraut, et le chef, qui le vit, appela aussitôt à lui tous ses hommes.

Miraut dans ce sillage odorant, bien frayé, facile à suivre, avançait à grande allure ; toutefois, comme il savait regarder et écouter, il vit et entendit les gardes qui formaient sur son passage un peloton trop compact et trop intéressé à sa besogne pour qu'il n'éprouvât pas quelque méfiance de cette rencontre inattendue.

— Le voilà cria imprudemment le premier qui le distingua à travers les broussailles.

C'était plus qu'il n'en fallait pour confirmer la mauvaise opinion qu'il avait de ces gaillards à képis et à carnassières et, s'il ne rebroussa pas absolument chemin, — car on ne lâche pas un lièvre aussi stupidement, — il prît un contour assez large pour passer hors de vue et de portée de ses guetteurs. Il est en effet assez difficile, même à une courte distance, de distinguer nettement sous bois un être qui court ou qui marche, surtout, comme c'était le cas, quand il n'est pas de taille très élevée. Les gardes, dès qu'ils le virent tourner bride, s'élancèrent bien à ses trousses et coururent de son côté, mais il n'était déjà plus là et, rapide, avait passé sur leur flanc droit sans qu'ils le vissent ; deux minutes plus tard, l'aboi de poursuite reprenait derrière leur dos.

— C'était un peu trop fort !

Furieux d'avoir été roulés, ils reprirent la piste en se guidant d'après la voix du coureur, décidés fermement, s'ils ne pouvaient le cerner, à suivre la chasse jusqu'à la remise du lièvre et à la capture du chien. Le jeune chef n'était pas le moins excité.

Par malheur pour Miraut, le capucin se fit rebattre ; un quart d'heure après, l'entendant revenir au lancer, les forestiers prirent mieux leurs précautions, sifflèrent au lieu de crier, se dissimulèrent derrière de gros arbres et, lorsque le chien fut arrivé au centre du terrain qu'ils occupaient, ils se précipitèrent tous en chœur pour le pincer.