Surpris par leur irruption subite, le chasseur s'arrêta court un instant et, prudent, voulut battre en retraite, mais de côté et de partout les képis se montraient et il se retourna juste pour tomber entre les griffes du chef lui-même qui l'appréhendait vigoureusement au collier.

Miraut n'avait pas, comme pour Lisée, des raisons d'obéir à ce particulier qui manifestait à son égard des sentiments plutôt douteux ; il le lui fit bien voir, montra les crocs, se secoua rudement, chercha pour mordre à atteindre la cuisse ou le mollet de son gardien. Mais il est difficile, quand on est tenu par le collier, d'agripper la main ou tout autre membre de celui qui vous a pincé, et Martet, accouru avec ses collègues, fut bien forcé de reconnaître le coupable ; le nom d'ailleurs était lisible sur la plaque, le chien était pris et bien pris.

Pour ne pas qu'il pût continuer son tapage, scandaleux en l'occurrence, on l'attacha et l'on revint achever le balivage interrompu ; ensuite de quoi, solidement encadré par ces deux brigades d'hommes des bois, Miraut, renâclant, tirant au renard, grognant et s'étouffant, fut remorqué bon gré mal gré jusqu'à Longeverne.

Lisée, qui s'était trop tard aperçu de la fugue de son chien, fut averti par les gamins du malheur qui allait lui tomber sur la tête, et la Guélotte frémit de colère et de peur lorsqu'elle vit ce cortège de fonctionnaires, derrière un monsieur à dolman et suivi d'une importante escorte de moutards, ramener le délinquant à son domicile légal.

Lisée dut décliner au garde général ses nom, prénoms et qualité, et l'autre lui annonça qu'il dressait procès-verbal.

— Pourquoi ne l'attachez-vous pas non plus ? lui reprocha-t-il, il y a des lois pour les chiens comme pour tout le monde ; je ne veux pas, absolument pas, qu'on entende chasser dans mes triages en dehors des époques réglementaires ; mes gardes ont des ordres formels, tant pis pour ceux qui seront pris. Il paraît d'ailleurs, ajouta sévèrement cet homme aimable, que ce n'est pas la première fois que cela vous arrive ; les notes retrouvées dans les dossiers de mon prédécesseur vous signalent comme ayant encouru d'autres procès-verbaux. Faites attention à vous si vous voulez !

C'était une menace non déguisée et la reconnaissance formelle que le chien et son maître étaient plus particulièrement signalés à la vigilance des forestiers.

Ils n'étaient pas encore à quinze pas, près de la fontaine, que déjà commençaient les lamentations farouches de la Guélotte :

— Ah ! mon Dieu ! nous sommes perdus ! Qu'est-ce qu'on va devenir ? Pour combien de sous en allons-nous être ? Et ça ne fait que commencer. Voilà, aussi ! Si tu m'avais écoutée quand le juge de Besançon t'en donnait cinq cents francs ! Au lieu de recevoir de l'argent, il faudra que nous en donnions, comme si on en avait de trop déjà. Ah ! cochon ! crapule ! sale charogne ! s'excita-t-elle, en courant sur le chien, le poing levé.

— C'est pas la peine de l'engueuler, il ne comprendra pas, interrompit Lisée qui, lui, n'avait pas le courage de gronder. À sa place, sais-tu ce que tu aurais fait ? Moi, j'aurais peut-être bien fait comme lui. J'sais ce que c'est que d'avoir envie d'aller prendre un tour. Ah ! c'est malheureux, mais je vois bien que dorénavant il faudra que je l'attache. Pauvre Miraut !