Dans la remise l'inspection se continua minutieusement ; on bouscula toutes les caisses, on chercha dans tous les recoins ; tout avait été chambardé ; il ne restait plus qu'un endroit qui n'avait pas été exploré, mais il semblait impossible que le chien y fût. C'était un amas hétéroclite de vieilles planches et de vieux paniers, d'outils au rebut, de manches cassés, de vieilles hardes, de cuirs de jougs pourris, entassés au petit bonheur contre une vieille crèche, elle-même pleine de débris très antiques et sans aucune valeur.
— C'est idiot de penser qu'il est là derrière ou là-dessous, disait M. Pitancet. Qu'est-ce qu'il y foutrait et comment aurait-il pu s'y fourrer ? Un chat aurait déjà du mal à s'y frayer un passage.
Comme il n'y avait plus que cet endroit-là qui n'avait pas été mis à nu, on continua tout de même de le déblayer. Ce ne fut qu'à la dernière planche soulevée et quand on désespérait qu'on découvrit bel et bien Miraut qui s'était réfugié là-dessous. Comment ? au prix de quels travaux ? Il avait dû se faufiler, s'allonger, s'aplatir, se raser. Et il était là devant tous, couché vaguement, plutôt accroupi, rattroupé sur lui-même. Il n'essaya d'ailleurs point de feindre davantage et de simuler le sommeil : il n'était pas si stupide ; mais il se contenta de battre lentement son fouet et de contempler de son regard profond et si triste le trio qui le déterrait de là. Il eut pour Lisée surtout un coup d'œil impressionnant comme un reproche muet, un coup d'œil qui semblait lui demander raison de cet abandon, un coup d'œil tel que l'autre n'y put tenir et, laissant la Guélotte et M. Pitancet se débrouiller avec lui comme ils l'entendraient, le cœur chaviré d'une douleur plus vive encore qu'au premier jour, il alla par les rues du village comme une âme en peine et s'en vint échouer chez Philomen.
Quand il ne vit plus son vieux maître, quand il se sentit seul, abandonné aux mains de ces deux êtres dont l'un le détestait, dont l'autre lui imposait l'exil, Miraut comprit qu'il n'avait pas de sursis à attendre ni de grâce à espérer. Il se laissa passer la chaîne et conduire à la voiture où, attaché de nouveau, il fut bientôt emporté au galop du cheval qui filait derechef sur la route du Val.
Lisée, entendant les grelots sonner dans le fracas des roues, eut un geste d'accablement.
— C'est plus fort que moi, affirma-t-il, mais je ne peux pas m'y faire, je peux pas me raisonner, une si bonne bête ! Bon Dieu, que les hommes sont lâches et les femmes mauvaises !
— Quand Mirette fera des petits, je t'en élèverai un, offrit Philomen qui ne savait que trouver pour consoler un peu son ami.
— Merci, mon vieux, merci, non ! C'est Miraut, vois-tu, qu'il me faut, je ne pourrais plus rien faire avec un autre.
À Velrans, Pépé revit encore passer la voiture fatale emportant Miraut qui sans doute le reconnut, car il jappa en passant : peut-être un adieu, peut-être un appel. Le chasseur en fut tout retourné ; il avait interrogé des gens et avait appris l'histoire des procès-verbaux et la surprise de la vente.
En bon camarade, il se désolait de n'avoir pu rencontrer Lisée, car il se doutait des terribles étamines par lesquelles il avait dû passer avant de s'avouer vaincu et de céder.