Mais pas un chien n'avait péri depuis au village : la leçon avait profité.

« Empoisonner Miraut ! » Lisée n'aurait ni trêve, ni repos avant d'avoir découvert l'assassin. C'était courir un trop gros risque, se vouer à une existence plus infernale encore, car alors, nulle journée ne se passerait sans insultes, ni gifles, ni coups de pied quelque part.

Et puis, on a beau ne pas aimer les bêtes, ce n'est pas drôle tout de même, pensait la Guélotte, de les voir devant vous se tordre et se retordre, ne hurler que lorsque la douleur leur tord les boyaux et vous bourrer des yeux, des yeux à vous tourner les sangs et à vous décrocher les foies.

Ah ! le vieux Finaud !

Il était rentré, plein comme un boudin, après une tournée apparemment fructueuse dans le village. Même que ça ne sentait pas la rose quand il se lâchait et on l'avait fourré tout de suite à l'écurie où il passerait en paix sa nuit de digestion.

— Il s'est nourri, disait en riant Lisée ; sûrement qu'il aura dû bouffer quelque mondure de vache[[5]] ou quelque ventraille de mouton.

Mais le lendemain, quand le chasseur s'en était allé à l'écurie pour délier les bêtes et les conduire à l'abreuvoir, ç'avait été une autre histoire. Le chien qui souffrait déjà, mais se taisait stoïquement, avait voulu aller à lui et, comme d'habitude, lui dire bonjour en se dressant contre ses genoux pour le lécher et jappoter. Il avait à peine pu se lever sur ses pattes de devant, le train de derrière paralysé refusait déjà tout service, les jambes étaient raides.

Alors la bête étonnée, furieuse et désespérée, avait hurlé un long coup de souffrance et de rage.

Et Lisée, affolé, abandonnant les vaches, avait pris son chien dans ses bras, l'avait transporté dans la chambre du poêle et déposé sur un coussin, auprès du feu. Là, il l'avait examiné, lui avait ouvert la gueule, soulevé la paupière, regardé l'œil qui était encore assez clair. Il avait vu tout de suite.

— Cré nom de Dieu ! Mon chien est empoisonné ! Va vite traire les vaches que je lui fasse prendre du lait !