— Vous m'aviez promis de ne pas le rattirer, ajouta-t-il, en saisissant prudemment le chien par son collier et en l'attachant de nouveau. Pourquoi le caressez-vous ? S'il sent que vous êtes avec lui et qu'il sera bien reçu, il reviendra toujours, il faut en finir une bonne fois. Là-bas, il est bien et a tout ce qu il lui faut, il nous connaît, il commence à s'attacher à la maison : promettez-moi que, si jamais il revient, vous ne le recevrez pas, vous le gronderez et vous le renverrez en le menaçant du bâton. Vous comprenez bien que si je l'ai payé si cher, c'est pour l'avoir à moi, non pas pour qu'il revienne ici et que je fasse continuellement la navette entre les deux patelins. S'il en était ainsi, j'aimerais mieux y renoncer et que nous défassions le marché.

La Guélotte, arrivant à la cuisine, avait entendu les dernières paroles de l'acheteur. Une appréhension terrible la gagna que M. Pitancet ne redemandât les trois cents francs versés, et peut-être, mais très légèrement, quoi qu'elle en eût dit, écornés pour le paiement de la dernière amende. Et puis elle avait eu le dessus, elle ne voulait à aucun prix reprendre cette charogne à la maison. Ce fut elle qui fit la réponse :

— Vous avez bien raison, monsieur, tout ce qu'il y a de plus raison. C'est le vôtre et je vous l'aurais dit plus tôt sans la crainte de vous blesser, mais il vaut mieux, pour vous comme pour nous, que nous ne lui donnions plus rien à manger et que nous ne le laissions plus entrer, parce que, sans cela, malgré vos voyages et vos bons traitements qu'il ne mérite pas, il reviendra toujours.

— C'est donc entendu, conclut l'autre, et je compte sur vous.

— Pour ce qui est de moi, affirma-t-elle, vous pouvez être sûr et certain d'une chose, c'est que chaque fois qu'il approchera de ma cuisine, c'est du balai que je lui donnerai au lieu de soupe, oh ! sans lui faire de mal, soyez tranquille, je sais bien à quels endroits on peut taper. Quant à celui-ci, continua-t-elle en désignant d'un geste de mépris son époux, c'est une vraie andouille, ça n'a pas plus de nerfs qu'un lapin, mais j'arriverai bien à lui faire entendre raison.

Lisée, à cette apostrophe, commença par prier sa femme de fermer son bec et vivement, si elle ne voulait point savoir ce que pesait son poing ; ensuite, ne voulant pas passer aux yeux d'un étranger pour un homme d'une sensibilité ridicule, malgré sa profonde douleur et son envie de garder Miraut, il affirma à M. Pitancet qu'il n'aurait point à se plaindre de lui et que le chien ne trouverait plus asile dans sa maison d'où il le repousserait sans le battre.

M. Pitancet prit acte de cette déclaration ; il remercia le chasseur, dit qu'il comptait sur sa parole, sur son honnêteté et finalement remmena Miraut, lequel commençait à s'habituer à ces petits voyages et, ferme en ses desseins, se préparait d'ores et déjà à recommencer à la première occasion.

Cette occasion ne tarda guère.

Pour le règlement d'une vieille et importante affaire, M. Pitancet fut appelé pour quelques jours à s'absenter. Il partit après avoir recommandé à sa femme de veiller soigneusement à ne pas laisser s'échapper le chien, ce qui n'empêcha nullement ce dernier de casser sa chaîne, d'enfoncer un carreau et de revenir dare dare à Longeverne où la Guélotte se réjouissait déjà de ne plus le revoir.

Lisée et sa femme étaient au jardin quand il arriva. Voyant son maître et ami, il n'hésita point à venir à lui malgré la présence de l'ennemie.