— Revoilà encore cette sale viôce ! glapit-elle en le reconnaissant. J'espère bien cette fois que tu vas le recevoir de la belle façon, si tu n'es pas une poule mouillée comme tu le prétends. Tu sais ce que tu as promis à M. Pitancet. Allez, ouste ! fous le camp ! continua-t-elle en brandissant son râteau dans la direction de Miraut.
— Va-t'en ! ajouta Lisée au chien abasourdi de cet accueil ; va-t'en !
Miraut, arrêté dans son élan, resta stupide devant ces injonctions, puis ne voulant point croire que c'était possible, il resta là sur place, le cou tendu, semblant interroger encore et demander des précisions.
— Veux-tu bien foutre ton camp ! reprit la femme en s'élançant sur lui, tandis que Lisée — c'était la première fois — ne faisait rien, ne disait rien pour le défendre.
À quelque cinquante mètres de la maison, sur le revers du coteau, Miraut se retira et s'assit sans mot dire, regardant avec étonnement du côté du jardin, espérant toujours qu'un mot de Lisée, mettant un terme à cette comédie, le rappellerait enfin.
Mais Lisée, sombre et morne, ne fit pas un geste, ne proféra pas une parole et rentra à la cuisine sans même jeter un coup d'œil de son côté.
Le soir tomba et il ne le revit pas. Alors il vint rôder autour de la maison et aboyer sous les fenêtres pour qu'on lui ouvrît : ainsi agissait-il après les chasses et les promenades lorsqu'il trouvait portes closes.
— Je vais lui ouvrir, décida Lisée, on ne peut pas le laisser coucher dehors.
— Je te le défends, protesta la Guélotte, je ne veux pas qu'il remette les pattes ici ; ce n'est plus ton chien, tu n'as pas le droit de le recevoir ou bien tu n'es qu'un voleur.
C'était pourtant exact que le véritable maître de Miraut, celui qui l'avait payé de ses deniers ou plutôt de ses billets bleus, lui avait interdit de l'accueillir désormais et qu'il avait promis de le repousser : il baissa la tête et s'alla coucher.