— Je sais bien, mais qu'y faire ?
— Il n'y a, tu l'as dit, pas grand'chose à tenter, et souvent les meilleures précautions ne servent de rien ; tout de même, à ta place, je lui ferais, de temps en temps, prendre un peu de fleur de soufre dans du lait ou du café noir. Ils arrivent très bien à avaler le tout.
— Le meilleur remède est encore qu'ils soient forts et robustes, mais cela non plus n'empêche rien bien souvent.
— La soupe est trempée, vint annoncer la Guélotte.
— La manges-tu avec nous ? invita Lisée.
— Merci bien, mon vieux, mais la bourgeoise m'attend ; ce sera pour une autre fois. Bonne nuit et à la revoyure.
— « À revoir », mon vieux, répondit Lisée secouant sa pipe et rentrant dans la cuisine, précédé de son chien.
Il arriva ce que Philomen avait prédit et que Lisée craignait. Malgré les purges de café noir et de fleur de soufre, un beau matin, à l'appel de son maître, au lieu de bondir en écartant sa paille des quatre pieds, Miraut se leva lentement et avec hésitation. Ses bons yeux, si clairs et si vifs, étaient tristes et rouges, et du nez suintait une vague mucosité incolore comme une salive trop épaisse.
— Nom de Dieu de nom de Dieu ! mâchonna Lisée. Voilà que ça y est ! Pourvu que ce ne soit pas trop grave et qu'il n'en crève pas !
Miraut mangea tout de même la moitié de sa terrine de soupe à laquelle le braconnier avait ajouté, pour la rendre meilleure, un peu de lait ; ensuite il ne chercha point, comme d'ordinaire, à gagner la rue, mais s'en vint lentement, le poil légèrement hérissé et rêche, se coucher en rond derrière le poêle allumé de la chambre.