Mais comment partir? Sous quel prétexte? Que dire à madame de Chavanges? à M. de Thorvilliers, à Reine elle-même, cette grande coupable que je n'oserais pas flétrir, même en tête-à-tête?
Cette perplexité acheva de me rendre des forces. Je redescendis vers le château, décidé à rentrer par les portes de la serre, en suivant le chemin que Gaston avait pris, à remonter dans ma chambre, pour y faire disparaître les traces de cette nuit terrible, pour y méditer, en attendant qu'il fût l'heure de rencontrer la marquise, Reine, le duc et Gaston.
J'allais ouvrir, dans la serre, la porte intérieure qui communiquait, ainsi que je l'ai dit, avec la salle de billard, quand cette porte s'ouvrit d'elle-même.
Je me heurtai presque à miss Sharp.
Nous poussâmes tous deux un cri. Mon aspect étrange parut lui faire peur. Moi qui n'avais pas songé à elle, dans toutes les péripéties de ma torture, je me dis instantanément qu'elle s'offrait à moi, comme une auxiliaire, une amie, un bon conseil.
Elle pâlit, en voyant mes cheveux défaits, mes vêtements froissés, salis, mon visage livide, mes yeux rougis et gonflés, tout ce ravage de la nuit.
Elle me demanda anxieusement:
—Qu'avez-vous donc, monsieur d'Altenbourg? d'où venez-vous?
—Je viens du parc.
—A cette heure?