J'étais depuis six mois au séminaire, quand, un malin, l'abbé Cabirand vint me trouver dans la cour de récréation et m'attirant à part, me mit sous les yeux un journal, dont il me priait de lire un entrefilet.

Ce journal, la Quotidienne, annonçait le mariage de Gaston de
Thorvilliers avec mademoiselle Reine de Chavanges.

La Quotidienne énumérait, à propos du mariage de Reine et de Gaston, les grandes alliances dans le passé des deux nobles familles. J'appris en même temps, par cette notice même, que la marquise était morte.

Mon vieil ami m'observait, pendant que je lisais cet entrefilet; il me prit la main et me la serra.

—Courage! me dit-il.

Je trouvai l'exhortation superflue. J'avais bien ressenti un peu de palpitation au cœur; j'avais peut-être un peu de sueur à la main; mais je me sentais un grand courage, et comme un apaisement de doutes infimes, obstinés, secrets.

Ce mariage n'était-il pas le meilleur dénouement que ma générosité pût souhaiter à cette intrigue, à cette aventure? N'était-ce pas aussi pour moi le meilleur écho que ma conscience pût recevoir du monde où j'avais souffert?

Tout était fini, réparé. J'étais libre devant mon devoir, sans avoir à redouter, sous prétexte d'âme à sauver, un retour sournois vers le passé.

Mademoiselle de Chavanges et Gaston avaient fait ce qu'ils devaient faire. Je n'aurais pu leur conseiller autre chose.

Je n'étais pas encore prêtre; je pouvais me permettre une dernière remarque ironique, et tandis que le chrétien approuvait, l'homme du monde éconduit, supplanté, indignement trahi, se disait qu'après tout Gaston avait trouvé moyen de conquérir une belle femme et une belle fortune. Sa logique infâme ne péchait que devant Dieu; elle était infaillible devant les hommes.