Décidément je faisais bien de me retrancher du tumulte des hommes.

—Je suis heureux de ces nouvelles, dis-je à mon vieux maître; c'était la seule consolation qui pût me tenter.

Je fus cependant triste, préoccupé, agité par une sorte d'inquiétude, pendant toute la journée.

Je me demandais, malgré moi, si la mort de la marquise n'était pas, pour beaucoup plus que la nécessité d'une réparation, dans les motifs de ce mariage. Je me rappelais le mot de mademoiselle de Chavanges, avant son départ pour l'Italie. Elle avait peur de la solitude.

Gaston avait été, comme il le disait lui-même, un en-cas. Peut-être n'y avait-il aucun amour dans cette union, et quel eût été cet amour, souillé avant de se faire sanctifier!

Le lendemain, j'étais calme. Cette inquiétude, descendue plus profondément en moi, était devenue si sourde, qu'elle semblait disparue…

Je fus ordonné prêtre avec un certain éclat. Mon nom était historique en
Alsace, où ma famille avait été apparentée à des évêques électeurs de
Strasbourg.

La Quotidienne parla de mon ordination, comme elle avait parlé du mariage de Gaston.

Je crois bien que l'abbé Cabirand, qui s'attribuait, comme abonné, des droits de collaborateur, avait arrangé cette sorte de revanche, ce pendant symétrique à la nouvelle du mariage, et qu'il avait écrit lui-même au journal.

La Quotidienne me proposait comme modèle à certains gentilshommes désœuvrés. C'était encore un moyen de servir la bonne cause que de se faire, auprès de celui dont le royaume n'est pas de ce monde, l'intercesseur du roi terrestre dépossédé…