Je ne raconterai pas ma vie ecclésiastique. A quoi bon?

Je fus ce que j'avais résolu d'être, un prêtre, militant, mais ne provoquant l'ennemi que sur des sommets.

Je restai missionnaire en France, pour ne pas m'éloigner de mon cher abbé Cabirand, qui ne vivait plus qu'entre moi et Dieu. Il pleura à mes premiers sermons. Un jour qu'il ne pouvait plus marcher, il se fit porter à la cathédrale de Strasbourg pour m'entendre parler de la vie éternelle. C'était lui qui m'avait fourni le texte.

A la péroraison, il s'évanouit, et ne reprit connaissance un peu, dans la soirée, que pour me remercier et me bénir. Il mourut, en me disant avec un orgueil de saint:

—Je vais au ciel! Vous m'avez mis des ailes!

Ce fut un grand deuil pour moi; mais dans les dispositions où j'étais, ce deuil fut comme une consécration nouvelle qui m'avança dans la voie religieuse.

A partir de ce moment, je m'absentai souvent du diocèse.

Je fis un voyage à Rome qui faillit changer ma destinée. Quel attrait mystérieux me fit décliner les avances du Vatican, et refuser de quitter pour toujours la France? Je serais aujourd'hui cardinal. Je croirais peut-être à ma vertu.

Je fus longtemps sans accepter les invitations qui me venaient de Paris. Avais-je peur de rencontrer la duchesse de Thorvilliers? Car le vieux duc était mort; et Gaston avait maintenant le titre. Craignais-je de me sentir moins fort dans une atmosphère plus agitée?

Le marbre que j'avais scellé sur mes souvenirs pouvait-il être soulevé par le sourire dédaigneux d'une femme?