Si j'étais la victime d'une dénonciation mensongère, je n'en étais pas moins coupable. Je pensai à ma faute, pour accepter plus docilement l'injustice d'un châtiment mérité.

J'étais, socialement, un assez important personnage, et j'avais, dans l'Église, un rang assez élevé pour que cette punition ne fût, à la rigueur, qu'une disgrâce passagère; pour qu'il me parût facile de m'en faire relever, quand il me plairait de donner des explications, même incomplètes.

Je ne protestai pas; j'étonnai mes juges par mon silence. Ils me rendaient la liberté que je me faisais scrupule de prendre moi-même, liberté qui soulageait ma conscience, en m'imposant la règle d'une dignité volontaire plus étroite.

Rien dans le costume laïque que j'adoptai ne rappelait mon état.

Je quittai Paris pendant trois mois, pour dépister des curiosités que je n'aurais pu satisfaire, pour laisser se calmer et s'effacer ces cercles concentriques que fait, dans l'eau qui passe, une nouvelle subite, un scandale qui y tombe.

Je ne m'inquiétai pas de savoir quelle interprétation on donnerait à ma déchéance.

J'ai su, par hasard, depuis, qu'on voulut voir une persécution contre ma foi indépendante et la censure de quelques paroles téméraires, dans cette interdiction. Des insinuations me furent faites pour m'attirer dans des camps absolument hostiles. Il était tout simple qu'on me crût disposé à me venger d'une injustice, à m'insurger.

Je suppose aussi que, malgré la rectitude de ma vie antérieure, mes mœurs furent calomniées. Quand j'eus le soupçon de cette ignominie, j'en frémis. Cette fois, la malignité instinctive et routinière pouvait effleurer la vérité.

Je lus aussi dans un journal que ma disgrâce était une conséquence de mon attitude aux Tuileries.

Je n'eus jamais occasion de réfuter ces erreurs, ni même de repousser une indiscrétion trop directe.