Je m'étais assigné un an de délai, avant de partir.

Un soir d'hiver, huit mois environ après ma dernière entrevue avec la duchesse de Thorvilliers, j'étais dans mon cabinet de travail; je lisais, pour prendre sur ma nuit tout ce que je pouvais enlever à mon insomnie habituelle, quand on sonna à ma porte. J'étais seul. Très surpris d'une visite à pareille heure (il était près de minuit), moi qui recevais si rarement des visites dans le jour, j'allai ouvrir.

Je me trouvai en face d'un vieillard de grand air, de tenue un peu pareille à la mienne, qui me demanda si j'étais le comte d'Altenbourg.

Je remarquai qu'il avait eu une légère hésitation, comme s'il avait pu être tenté de dire: l'abbé d'Altenbourg.

Je l'introduisis, et, quand je lui offris un siège:

—Non, monsieur, me dit-il gravement, nous n'avons pas le temps de causer, je viens vous chercher.

J'eus peur, et je le regardai. Mon regard l'interrogeait.

—Je suis le docteur X… me dit-il.

Je connaissais son nom, c'était celui d'un médecin célèbre.

Il ajouta, avec une nuance de respect qui me toucha et m'effraya: