—Dites que vous en êtes jaloux!
Je répondis par un soupir.
—Eh bien! ne suis-je pas là?, continua le médecin. Pendant ces six années, le duc m'a donné des droits que je continuerai à faire valoir, et m'a confirmé ceux que j'avais reçus; et, à moins que je ne meure bientôt…
Il s'interrompit, frappé peut-être de cette éventualité, plus menaçante pour moi que pour lui.
Étrange égoïsme de la passion paternelle, j'eus un petit frisson; je regardai le docteur avec des yeux de médecin; je ressentis l'effroi de son âge; il avait trente ans de plus que moi. En effet, il pouvait mourir bientôt! Je n'avais pas pensé à cela. Que deviendrais-je, s'il mourait, si je restais seul! Il ne me resterait que la ressource de ce vol de mon enfant.
Mais quand le duc me l'aurait reprise, et l'aurait gardée pendant quelques années ou quelques mois même, me serait-il possible de la retrouver comme je la lui laissais? M'aimerait-elle encore? A six ans on oublie vite! Qu'est-ce que le souvenir pour ces ailes qui ne s'alourdissent de rien jusqu'à ce qu'elles aient la force de voler seules! Reconnaîtrait-elle son bon ami dans le ravisseur qui viendrait l'enlever à ses curiosités nouvelles? N'invoquerait-elle pas son faux père pour se défendre de son père véritable?
J'eus la terreur de ce danger, avec celle de la mort possible du docteur.
—Il serait plus prudent de ne pas la laisser partir! dis-je naïvement.
—De quelle façon?
—En osant poser des conditions au duc. Vous savez que je puis le démasquer, que j'ai une arme…