Je n'eus pas besoin d'en ouvrir, d'en enfoncer la porte, elle était toute grande ouverte. Le duc de Thorvilliers, saluant madame Ruinet, pour prendre congé d'elle, se retirait, emmenant Louise qui, habillée, coiffée, gantée pour le départ, avec un mantelet autour de la taille, pâle, ayant pleuré, le suivait.
Madame Ruinet pleurait aussi.
Je ne pus étouffer le cri qui m'eût étouffé, si je l'avais retenu.
Le duc se retourna, tressaillit, pâlit de colère, avec une lueur menaçante dans les yeux.
Je m'étais arrêté devant lui, après l'avoir heurté, mais je ne le regardai pas; je regardais Louise, en la suppliant, en l'interrogeant. Qu'allait-elle me dire?
Oh! dans cette minute d'agonie, je vis pourtant le ciel. Je sentis bien qu'il y avait en elle une tendresse filiale inconsciente, et que pendant ces neuf années, moi le père déshérité, je m'étais créé une enfant qui serait toujours à moi!
Elle eut un mouvement de la bouche, un baiser des yeux, un élan naïf de tout son être vers moi qui me ravit et me foudroya.
—J'avais peur de partir sans vous avoir vu, me dit-elle d'une voix qui eut tout à coup les inflexions de la voix sonore et vibrante de Reine de Chavanges.
—Vous partez? balbutiai-je, hébété.
Le duc intervint, et, de cette voix froide, railleuse quand même, impertinente dans sa hauteur, que je connaissais: