—Monsieur est un de vos professeurs? demanda-t-il à Louise.

—C'est mon maître! répliqua l'enfant avec un enthousiasme de tendresse.

—Alors faites-lui vos adieux.

Tout en disant cela de son air le plus froid, le duc se campait, défiant presque l'héritière des Thorvilliers de commettre sa dignité, dans un adieu trop sentimental avec un homme de peu comme un professeur de petites filles.

Faut-il croire à une fermentation subite du sang? à une pitié du ciel?

Louise releva ce défi, et les yeux pleins de larmes, avec un sourire tremblant, mais avec une résolution douce, me tendit les mains et le front.

Il m'eût été facile de lui donner, devant ce bourreau de ma vie, un baiser paternel qui m'eût vengé. Je n'osai pas. J'eus peur de ce front pur que je n'avais pas effleuré une seule fois, pendant ces neuf années de tendresse. Je me serais trahi. Je l'aurais perdue davantage. J'étais comme devant une chose radieuse, ailée, qui peut s'envoler, quand on prétend y toucher, et qu'on admire avec un désir qui s'immole pour s'éterniser.

Je m'inclinai, je lui touchai seulement les doigts; je les sentis brûlants.

Gaston retenait sa haine et sa surprise. Lui aussi, redoutait d'aggraver la scène. Une explosion de moi ou de Louise l'eût obligé à un rôle tyrannique, manifestement odieux et ridicule. Il voulait m'avertir.

—Depuis combien de temps monsieur est-il professeur dans votre maison? demanda-t-il avec plus d'aisance à madame Ruinet.