—Mais… depuis neuf ans, je crois.

—Ah! je conçois alors l'émotion de Marie-Louise. Il en coûte de quitter un vieil ami… Je vous remercie, monsieur, de vous être fait aimer; c'est faire aimer la science… Venez-vous, ma fille?

—Oui, mon père!

S'approchant encore, en baissant de nouveau le front, Louise me dit avec courage:

—Au revoir, mon ami.

Elle passa comme une vision. En froissant son mantelet, elle effeuilla les roses qu'elle avait à la ceinture, et les feuilles embaumées tombèrent sur ses pas. Le sang qui afflua à mon cerveau troublait ma vue. Je vis une traînée lumineuse et rose derrière ma fille, et puis je ne vis plus rien.

J'étais adossé au chambranle de la porte, ivre de ma stupeur. Si j'avais fait un pas à la poursuite de ma fille, je serais tombé.

Madame Ruinet reconduisit le duc et Louise jusqu'à leur voiture. J'entendis se refermer la porte cochère, je l'entends encore retentir avec le bruit de ses ferrailles: ce bruit me frappa la poitrine et me provoqua.

Je voulus courir; je serrai les poings; mais je n'eus pas la force.

Madame Ruinet, d'ailleurs, revenait; elle me barra la route, me refoula dans le parloir et ferma la porte.