Cette mère devinait mon supplice. Je tombai dans un fauteuil et je criai, me tordant les mains:

—Partie! elle est partie! Pourquoi est-elle partie? Vous saviez qu'elle devait partir?

—Non. Le duc est arrivé, il y a une heure, me signifier qu'il emmenait sa fille; on déménagera le pavillon plus tard.

—Sa fille! sa fille! m'écriai-je avec fureur; est-ce que vous n'avez pas vu qu'elle n'est pas sa fille?

—Taisez-vous! me dit madame Ruinet effrayée. Si on vous entendait!

—Ah! ce n'est pas elle qui m'entendrait! Et c'est à elle que je voudrais dire: Mon enfant! mon enfant!

Que m'importait maintenant mon secret! Je n'y tenais plus. Je vis bien que s'il n'était pas connu, il était au moins soupçonné de madame Ruinet. Elle laissa paraître plus de compassion que de surprise, et, ne me questionnant pas, me laissant pleurer, m'aidant à pleurer, elle pleura avec moi.

J'étais, tout à la fois, débordant d'une colère qui était contenue devant Louise, et qui se fût satisfaite d'une provocation folle, d'une objurgation implacable, et débordant d'une douleur sainte qui palpitait, écrasée sous ce ressentiment humain.

Je me repentais de n'avoir pas essayé d'intimider cet homme qui me prenait mon enfant pour la haïr, et je me repentais aussi de n'avoir pas su me contenir assez pour empêcher Louise d'emporter un trouble qui s'augmenterait et la rendrait malheureuse. J'aurais voulu tout ensemble la mieux défendre et la mieux céder.

Une amertume encore se mêlait à toutes ces amertumes, le sentiment de l'implacable nécessité. Ce qui s'était passé devait se passer. J'aurais dû m'y attendre.