Il heurta son regard au mien. Je lui souriais, et subitement, entraîné par une force invincible, sans réfléchir à l'étrangeté de ma démarche, je lui dis:
—Vous avez donc été malade, monsieur de Soulaignes?
Il tressaillit, me regarda avec plus d'attention, cherchant mon nom, mon visage. J'ajoutai aussitôt:
—Ne cherchez pas, monsieur; vous ne me connaissez pas; mais, moi, je vous connais.
Il fronça les sourcils, sa curiosité devenait défiante, menaçante. Je continuai, baissant la voix et me penchant vers lui:
—Oui, monsieur, je sais pourquoi, à Rome, vous regardiez tous les jours passer la voiture du duc de Thorvilliers, et je sais pourquoi vous êtes ici maintenant…
Une stupeur d'épouvante dilata ses yeux.
—Qui vous a dit?… balbutia-t-il. Puis, s'excitant à la colère:—De quel droit vous permettez-vous?…
Il n'acheva pas.
Je souriais, mais avec une offre si visible de mon cœur, et j'avais sans doute si peu l'air d'un indiscret, d'un espion, d'un intrigant, que perdant aussitôt son air de résistance, M. de Soulaignes reprit d'un ton plus doux, presque suppliant: