Oui, oui, j'en atteste Dieu qui était entre nous, dans cette minute sublime, comme à la minute d'adieu dans l'institution de madame Ruinet, elle eut l'éclair direct, l'instinct filial. Si elle l'eût osé, elle m'eût tendu le front, et je n'aurais pas craint d'y mettre le baiser qui depuis tant d'années me brûle la bouche.

Mais je voulus mériter ma joie paternelle par un grand sacrifice, et me reculant un peu, démasquant Jules de Soulaignes, je le désignai par un geste involontaire de protection, en posant ma main sur son épaule.

Louise le reconnut, rougit davantage. Son sourire hésitant, confus, pudique et tendre, se répandit en lumière nouvelle sur son visage.

Elle parut comprendre pourquoi nous étions là, tous les deux; pourquoi je lui montrais ce jeune homme dont elle savait le nom, dont je lui garantissais la loyauté.

Elle reçut l'offrande de Jules en baissant les yeux; elle l'en récompensa, en les couvrant pour un remerciement muet, elle nous fit une grande révérence et passa.

Ce fut une scène, infinie dans un éclair. Nous étions penchés naïvement pour la suivre du regard, et dans un mouvement qu'elle fit, à trois pas de nous, pour se garer d'une chaise qui interceptait le passage, elle se retourna, nous regarda encore, puis, continua sa quête, nous ayant versé de nouveaux trésors dans un regard.

Quand, la quête finie, elle eut repris sa place, je la vis qui s'agenouillait et qui priait. Je crus même m'apercevoir qu'un de ses doigts dont elle voilait son visage, se recourbait mystérieusement, dans la main, pour arrêter une larme, qu'elle ne voulait pas laisser glisser sur sa joue.

La messe s'acheva; l'orgue donna le signal et le brillant cortège se dirigea vers la sacristie, en entraînant l'assistance. Louise me chercha de loin, par un regard qui planait; nous nous vîmes, et comme toute mon âme était dans mes yeux, toute son amitié attendrie rayonna dans les siens.

Par un accord tacite, nous étions restés tous les deux à notre place.

Il n'y avait plus dans l'église, que les étrangers au mariage, les indifférents, les curieux. Je dis tout bas à Jules de Soulaignes: