Un silence suivit. Nous avions la même pensée qu'un scrupule de respect enchaînait dans nos cœurs.
La fortune du marquis de Montieramey était une arme puissante, maintenant, aux mains du comte de Soulaignes. Était-il trop tard pour tenter le duc?
Madame de Soulaignes, qui, d'ordinaire, habitait la province, était venue à Paris, à la première alarme causée par la santé de M. de Montieramey. Elle pleurait avec Jules; elle essayait de le consoler. Elle n'osait lui conseiller l'espoir. Elle fit mieux. Ce fut elle qui alla trouver M. de Thorvilliers.
Elle ignore le côté particulièrement infâme du mariage qui désespère son fils. Elle ne sait qu'une chose, c'est qu'il aime une belle et pure jeune fille et qu'on lui préfère un rival plus riche.
Elle voulut plaider la cause de l'amour, de la candeur. Le duc fut courtois, galant, mais inflexible. Il parla de ses engagements, de sa parole donnée. La pauvre mère emporta cette douleur fièrement, et son courage soutint son fils. S'il ne se tue pas, c'est qu'il a plus peur d'être jugé par elle que par Dieu.
Jules essaya de son côté auprès de la Buondelmonti ce qui m'avait réussi auprès de la maîtresse du prince: il alla marchander le salut de Louise. C'était un trop jeune négociateur pour cette Italienne mûrie dans l'intrigue.
Elle refusa plus d'un million.
Elle paraît tenir à être duchesse, et il lui faut de la boue sur le blason pour qu'elle y touche.
Quand Jules me raconta l'insuccès de sa démarche, je me dis que j'aurais peut-être réussi; mon âge lui eût donné confiance. Les vieux qui s'abaissent à ces marchés garantissent contre les indiscrétions. Mais livrer mon secret à cette femme eût été, en cas de refus, lui donner un poison plus sûr pour assassiner ma fille, à moins que le duc ne lui eût tout avoué!
Peut-être cette femme hait-elle ma fille! Ce clair miroir la rend hideuse!…