Mais les observateurs attentifs étaient trop loin, s'ils n'étaient absents.
Une atmosphère d'élégance, d'indulgence, s'avançait avec le cortège, l'enveloppant et le parant. La foule proclamait la mariée très jolie, très intéressante, avec le maintien qu'on doit attendre d'une jeune fille de bonne maison, créée pour servir de modèle, se sentant digne, mais non enivrée, d'une couronne princière. Le duc était un superbe gentilhomme et un père admirable. Les veuves le trouvaient jeune; les femmes mariées le trouvaient étonnant pour son âge; toutes constataient la ressemblance parfaite entre lui et sa fille.
Quant au prince, il se réhabilitait. Qui donc avait répandu de vilains bruits sur son compte? Il était ravissant. Tient-on à des cheveux, dans ce temps-ci? L'embonpoint, à moins de s'arrêter à cette grâce exacte, précise du duc de Thorvilliers, est un avantage bourgeois, méprisable; la maigreur est un raffinement. Bien des mères regrettaient d'avoir trop écouté des médisances.
Le cortège, au son de l'orgue, s'avançait majestueusement, d'un pas cadencé. Deux fauteuils, dorés comme deux trônes, étaient placés dans le chœur, pour être vus de toute l'assistance. Les parents, les témoins, les invités, avaient aussi leurs sièges sur cette sorte d'avant-scène sacrée. C'est une habitude ingénieuse et qui rend les mariages célébrés à la Madeleine particulièrement attrayants, que cette disposition qui ne laisse rien perdre des mouvements des jeunes mariés et du jeu des acteurs.
Louise s'agenouilla, quand elle fut arrivée à sa place, et chercha, devant elle, le calvaire, où secrètement, dans cette foule avide de la voir pleurer ou sourire, elle déposerait sa couronne de martyre, pour que Dieu la bénît.
Elle ne vit qu'une assomption de la Vierge, en blanc comme elle, qui n'accueillait pas la douleur, et, de chaque côté du maître-autel encombré de fleurs, de dorures, deux anges en marbre qui officiaient dans une attitude correcte. Ce marbre, ces dorures lui rappelaient le palais du prince et sa fortune.
Pendant que l'orgue chantait, en guise d'épithalame religieux, un air nouveau d'opéra, les gens de la noce prenaient place dans des fauteuils, en arrière, à côté, à une distance cérémonieuse des deux époux. Le clergé de la Madeleine était au complet, et les prêtres en surplis, rangés dans les stalles, semblaient des spectateurs privilégiés.
L'évêque retenu pour la cérémonie venait d'être introduit processionnellement; il s'avança à pas lents pour bénir le couple qui avait tenu à sa présence. Son discours était préparé, plié en quatre dans sa main.
Il fit déposer dans un bassin de vermeil, l'anneau des fiançailles qu'il sacra d'un signe de croix et adressa les questions d'usage.
—Vous vous présentez pour contracter mariage, en face de l'Église? demanda-t-il, lisant la question dans son manuel.